Teitanblood – Death

Posted in Black Metal, Critique with tags , , , , , , on 2014/07/29 by Asag Asakku

Il exTeitanblood – Deathiste plusieurs méthodes médicalement éprouvées pour nettoyer le cérumen accumulé dans les canaux auditifs, mais aucune d’entre elle n’a l’efficacité du nouvel album de Teitanblood. Diantre, quel viol des tympans ! Dès la première seconde d’Anteinfierno, le déluge de décibels démarre, avec toute la subtilité d’un Tiger Tank. Pourtant, j’avais de forts préjugés envers ce groupe espagnol qui pratique le War Black Metal, un sous-genre caractérisé par un son de basse étouffant et une absence complète de créativité. Son leader me donne toutefois tort avec un remarquable deuxième album, simplement appelé Death.

Le groupe ne perd pas de temps à installer ses balises et respecte globalement les principales caractéristiques esthétiques du genre. Les compositions s’articulent autour d’un jeu de basse d’une pesanteur éléphantesque, entouré d’un son de guitare frénétique qui ajoute encore davantage de lourdeur. Quant à la batterie, elle impose un rythme martial, continuellement lancée à fond de train. Le résultat de cette combinaison défie toute description rationnelle et évoque un sévère pilonnage d’artillerie.

Heureusement pour l’auditeur, le groupe se permet quelques fantaisies qui donnent un peu de relief à ce bloc d’osmium (le métal le plus dense connu sur Terre). Trois titres dépassent les dix minutes et introduisent des ambiances et des tempos plus variés, qui permettent de souffler. Sleeping Throats of the Antichrist compte ainsi plusieurs passages Thrash, Cadaver Synod démarre avec un long crescendo hypnotisant et Silence of the Great Martyrs conclut l’album avec d’inquiétantes incantations et des sonorités lugubres. Il s’agit d’une évolution bienvenue, qui tranche avec certains monuments de médiocrité dont le War Black Metal s’est fait une spécialité au fil des ans.

Soyez prévenus qu’un tel album exige passablement de résistance de la part de ses intrépides auditeurs. Il faut en effet un certain courage pour se mesurer à soixante-huit minutes d’une telle brutalité étalée sans complexe. Dur et intransigeant, ce deuxième album commis par le cinglé derrière Teitanblood parvient (presque) à me réconcilier avec un genre honni que j’essaie habituellement d’éviter, un exploit digne de mention.

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Label : Norma Evangelium Diaboli

Durée : 01:08:33

Parution : 13 mars 2014

Extrait Burning in Damnation Fires

Mayhem – Esoteric Warfare

Posted in Black Metal, Critique with tags , , , , , , on 2014/07/24 by Asag Asakku

Les Mayhem – Esoteric Warfaregroupes de Heavy Metal (ou de Rock) vieillissent rarement comme un grand cru, lequel gagne en saveur et en maturité au fil des ans. Trop souvent, les formations qui accumulent les albums et les kilomètres finissent par s’auto parodier, cherchant constamment à reproduire la recette qui les a rendu célèbres ou alors plaire à une base de fidèles amateurs qui refusent la moindre innovation.

C’est pourtant un chemin fort différent que les membres survivants de Mayhem ont pris au moment de leur improbable reformation il y a plus de quinze ans. Il fallait une sacrée paire de couilles pour revenir ainsi sous les projecteurs sans leur charismatique leader et après la parution d’un album considéré comme un des plus importants de l’histoire du Black Metal. L’arrivée de Rune Eriksen (aka Blasphemer) à la composition a toutefois insufflé le renouveau nécessaire pour éviter au groupe les affres de la redite et permettre la parution de trois albums forts différents en sept ans. Le départ du bonhomme peu après le lancement d’Ordo Ad Chao en 2007 constituait toutefois un sérieux revers  de fortune et le groupe n’a pratiquement rien lancé depuis.

En quête d’une nouvelle plume pour l’écriture des morceaux, les membres restants de Mayhem se sont tournés en 2011 vers Morten Iversen (aka Teloch), un musicien expérimenté qui préside également aux destinées de Nidingr et de NunFuckRitual. Son travail de composition pour le célèbre groupe d’Oslo se matérialise enfin cette année avec le lancement fort attendu d’Esoteric Warfare, seulement le cinquième long-jeu du quartet, le premier en sept ans.

Le résultat n’est toutefois pas à la hauteur de la magistrale campagne publicitaire déployée par Season of Mist. On nous promettait beaucoup, mais le bilan est mitigé. L’album n’est pas globalement mauvais, il manque plutôt de souffle (longtemps) avant l’arrivée. Pourtant, on pouvait espérer le meilleur avec Watchers, pièce d’ouverture bien écrite, qui met admirablement la table pour Psywar, premier extrait et meilleur titre du disque. Maniant habilement talent, rapidité et technique, cette chanson enchaîne les cassures rythmiques et les blasts furieux, donnant à entendre tout le savoir-faire de Hellhammer à la batterie. Une bonne dynamique se maintient encore quelques minutes, agrémentées de la voix unique et hargneuse d’Attila Csihar, mais les choses se gâtent sérieusement lorsque débute la face B de l’album (un concept que les plus jeunes d’entre vous ne comprendront pas).

En effet, dès le cinquième titre, le tempo diminue et les riffs perdent en mordant. Difficile d’éviter la comparaison avec les plus récents albums réalisés par Teloch pour ses autres groupes, lesquels affichent les mêmes caractéristiques stylistiques (et les mêmes défauts). Les dernières chansons sont ainsi particulièrement laborieuses et jouées sans réelle conviction, une situation inexplicable pour une formation normalement acharnée et vigoureuse. Bien avant que la dernière note de Aion Suntelia ne soit jouée, l’auditeur décroche et cesse de prêter attention à ce qui ressemble drôlement à du remplissage.

Pour une des premières fois de son histoire, la «marque» Mayhem privilégie la forme au détriment du fond, depuis la superbe pochette réalisée par Zbigniew Bielak jusqu’aux multiples versions et formats offerts par Season of Mist et ses partenaires (CD, Digipack, cassette, vinyle de toutes les couleurs imaginables, coffret de collectionneur, gramophone, tube de cire, etc.). Pourtant, cette débauche de mise en marché ne parvient pas à masquer un résultat musical de qualité moyenne, qui risque de laisser l’auditeur cruellement indifférent. À l’instar du coureur qui démarre trop vite, Esoteric Warfare manque d’énergie avant le fil d’arrivée et se laisse distancer par des rivaux moins expérimentés, mais plus déterminés.

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Label : Season of Mist

Durée : 00:47:21

Parution : 6 juin 2014

Extrait Psywar

Entrevue avec Kirkebrann

Posted in Black Metal, Entrevue with tags , , , , , , on 2014/07/15 by Asag Asakku

Draug_2Intarissable pépinière de groupes de métal obscur, la Norvège offre constamment de nouvelles découvertes ravissant l’amateur exigeant. C’est le cas pour Kirkebrann, un quintette originaire d’un bled au sud d’Oslo qui propose une musique subtilement nuancée (hum). Je vous offre donc aujourd’hui un entretien avec Draug, guitariste et fondateur du groupe

Métal Obscur. First, I would like to thank you for accepting to answer this interview. In your bio, you’re mentioning that Kirkebrann was first a «cellar project» that progressively took shape. What were your objectives and ambitions back in 2004? Did they change since?

Draug. It started with no ambitions at all. I just had a lot of song ideas needed to come out. I pulled in a good friend of mine who played drums and we started playing with the song making they progress in to great songs. We sat down at my place once a week for 38 weeks making a raw recording of a new song every week so we had no problem with materials. The ambitions changed when my friend Bjorn the manager of the Hammerslag festival asked me about playing on his festival. That’s when I started finding a bigger rehearsal room and went looking for other people to join the band. It also pushed us in to making of our first ep called Vinterblot.

MO. What were your prior experiences as a musician and artist? Why did you choose Black Metal to express yourself?

Draug. I just write the songs that are in my head. I guess everyone has their own definition of what black metal is. I’m not saying I’m inventing anything of course I have some inspirations from other bands that I feel is black metal, but I also feel that the music I make is black metal. Black metal is a feeling is all the anger and darkness inside me.

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MO. Your band’s name means «church fire», which is a pretty obvious homage to Norwegian Black Metal most infamous mischief. What do you think of the 90s church arsons and their impact on Black Metal?

Draug. I guess black metal never would be so popular around the world if it wasn’t for the burning of churches and the other things that happened in the 90s. It got black metal somehow out of the underground but most of the black metal bands try to stay in the underground. Black metal will never be a music for the masses but people will always be curious about what this is and I guess a lot of people have respect for the black metal music.

MO. You released Når Alt Dør last year, a harsh, brutal and extremely aggressive first full-length. What can you tell us about its creation process? Was it a collective effort or the work of a single mind?

Draug. All the songs except from one are songs from the creative process in cellar. We just worked with them a little and some of the other members of the band puts their touch on them. The lyrics are most written by Rogner and handpicked by me and Baadhl in the old cellar days. It’s like the lyrics just found the songs he. The song Ensom og glemt et Land som var is written by Iwan and is the only song that Rogner wrote the lyric after hearing the song and that turned out great to. He is really good at writing lyrics.

MO. Your album’s title can be approximately Google-translated as «When All Doors». My Norwegian being extremely limited, could you tell us what it truly means?

Draug. “Når alt dør” means “When everything dies”.

Incoming

MO. Your album’s introduction is a minute-long tirade against Christianity and its crimes. Why do you hate the Church? Is this feeling also aimed at other religions? Why?

Draug. All religion is just some way to mind control people. Christianity is just one of the big ones. They already conquered lot of the world with violence just like Islam is doing now. I hate them both. And all the others. I know that a church one fire is a symbol of fight against Christianity but it should also be a symbol of a fight against all religion. I guess a lot of people feel the need to worship something. Why should we worship something that doesn’t exist?

MO. Your music style is very close to 90s Norwegian Black Metal classics released by Darkthrone and Gorgoroth. What does mean «True Norwegian Black Metal» for you?

Draug. I don’t know and I don’t give a damn. You got black metal and you got other music. I don’t know who determines if you are a black metal band or a true Norwegian black metal band, I guess you have to be from Norway of course he is. As I said everybody has their own definition of what black metal is. We are anti religion because we choose to be so not because it’s the “rule” of black metal. I like old Darkthrone and Gorgoroth so if we sound close to them I take that as a compliment.

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MO. Your album was released by Blackcrowned Records, a small Mexican label. Is it a fruitful collaboration? Would you rather prefer to work with compatriots?

Draug. It’s just a one record deal for like 500 copies or something. I heard nothing from them since the record was released. I don’t think it’s a very serious label. So we are looking for label!

MO. For a third straight year, you will do a homage gig at the Hammerslag Festival in Tønsberg, playing Ulver’s classics. Were you asked to do this, or is it your idea? Are you nostalgic of the 90s?

Draug. The first gig we had with Kirkebrann was on the Hammerslag festival I think it was in 2011 or something. I have always been on the Hammerslag festival since it started in 2004. Bjørn Almar the festival manager is a good friend of mine so I have always tried to help him if he wanted it he he. It was his idea the first year we did the tribute gig and I guess it just became like a tradition. We try to pick bands most people haven’t seen live or have never played live. This year it’s as you said Ulver and it will be songs from Bergtatt and Nattens madrigal. Nattens madrigal is one of my top ten favorite black metal album all the songs are great and it has an amazing cold sound.

MO. They are «tourists» visiting the old Helvete shop in Oslo, maniacs collecting every possible rarities and endless debates about what’s «trve» or not. What do you think of this situation? Is Black Metal now good for museums?

Draug. I really don’t know. People are crazy.museum? I don’t know I always thought black metal was the outsider in metal music. The killing and burning in the 90s did put Norway on the map and got the Norwegian black metal band out to the world. Black metal is bigger in the rest of the world then it is in Norway. I guess they just think we are fucking insane and maybe we are, he he.

MO. In many interviews, Norwegian Black Metal musicians are complaining about shows’ diminishing attendance and frequencies in their country. Is it also your opinion? Are Norwegians fans being spoiled?

Draug. Yes we are spoiled. We can see the headliners on Wacken on a small stage In Oslo. There are people coming from the entire world to go to the inferno festival, but people in Oslo will not drive one hour just to see some bands. It hard to get gig for small black metal bands in Norway I guess people don’t want it. If the people don’t want it, the clubs don’t want it because they don’t make any money. That’s just the way it is.

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MO. Let’s conclude this interview with the traditional «what’s next?» question. What are your plans for 2014? Do you have many gigs already confirmed? Are you working on new material (split, EP, etc.)? In a broader perspective, what do wish for Kirkerbrann’s future?

Draug. First it’s the Hammerslag gigs. After that Rogner is going to quit the band so it is going to be some changes. So we haven’t been booking in a while but there will maybe be some gigs in Europa this year. We have started recording a new song and working on some new material but things are going a little slow right now. In the future i don’t know we continue to release albums play shows until I’m fucked up and ready to die.

MO. Thank you very much for your time.

Arkona – Chaos.Ice.Fire

Posted in Black Fail, Critique with tags , , , , , , on 2014/03/10 by Asag Asakku

Au cArkona - Chaos.Ice.Fireours du onzième siècle, la Chrétienté se mue en une force conquérante, avec la fondation d’ordres militaires, le lancement de la première croisade et des attaques répétées contre les derniers bastions du paganisme européen. C’est ainsi que le temple du cap Arkona, haut lieu de la religion traditionnelle slave à cheval entre l’Allemagne et a Pologne, est conquis et rasé par des princes chrétiens.

Mille ans plus tard, le souvenir de ce symbole est perpétué par le groupe Arkona, à travers un Black Metal justement teinté de paganisme et chanté exclusivement dans l’incompréhensible langue polonaise. Après une dizaine d’années de silence relatif (quelques splits et autres compilations sont tout de même parus), le groupe revient avec Chaos.Ice.Fire, un cinquième long-jeu qui cogne là où ça fait mal.

Brutal et incisif, l’album est une vraie réussite. La composition est pratiquement sans faille et s’autorise même une magnifique chanson tout en ambiance (Zasypiając w strachu, titre que j’ai renoncé à prononcer, mais qui signifie à peu près «s’endormir apeuré»). La plupart des chansons s’articulent toutefois autour d’un furieux couple guitare/batterie extrêmement violent qui assassine la subtilité à grand renfort de blasts. La rythmique est effet martiale et martèle l’auditeur avec beaucoup de conviction. Le son de la batterie constitue d’ailleurs peut-être le seul point faible de l’album, le trigger de la caisse claire étant mixé de manière beaucoup trop évidente. Le puriste en sera sans doute irrité, les autres apprécieront simplement la précision du jeu.

En dépit de cette observation, le résultat demeure très agréable (sic) à écouter (pour quiconque aime le genre, évidemment). Contrairement à leurs homonymes russes, les Polonais d’Arkona misent sur une musique directe, sans fioriture et autres flûtiaux. Hormis la chanson ambiante déjà mentionnée, le groupe propose un album axé sur la vitesse d’exécution et la sourde agression d’une langue défiant les douces sonorités latines.

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Label : Hellfire Records

Durée : 00:43:19

Parution : 30 décembre 2013

Extrait : Symfonia lodu ognia i chaosu

Entrevue avec Macabre (Mortis Mutilati)

Posted in Black Metal, Entrevue with tags , , , , , , , on 2014/01/20 by Asag Asakku

FMacabre_2ondé il y a deux ans à peine, la formation d’origine française Mortis Mutilati se taille progressivement une place dans l’univers sélectif du Black Metal. Leur deuxième album Nameless Here For Evermore est une des belles réussites de 2013 et prouve qu’il est possible de s’inspirer des sentiments les plus sombres tout en composant de l’excellente musique. Je vous propose ainsi aujourd’hui un entretien avec Macabre, fondateur et compositeur du groupe, afin d’en savoir un peu plus sur ce groupe émergent.

Métal Obscur. Mortis Mutilati est un groupe relativement récent (2011) qui possède déjà une belle feuille de route (deux démos, un split et deux long-jeux). Quelles étaient vos motivations et ambitions au moment de créer le groupe ?

Macabre. Au début, j’ai enregistré les demos pour me rendre compte à peu prêt de comment allait sonner le projet puis j’ai enregistré « Sombre Neurasthénie » directement après. En revanche, le split est un bootleg car il n’a jamais officiellement vu le jour. Je n’étais pas trop convaincu par mes compositions dans le premier album alors j’ai décidé de me donner plus de mal et de donner plus de maturité à ma musique avec « Nameless Here For Evermore » et je pense que c’est plutôt réussi.

MO. À l’instar de nombreux autres groupes de Black Metal, Mortis Mutilati à d’abord été un projet solo. Pourquoi croyez-vous que cet individualisme créatif soit si fréquent chez les musiciens qui pratiquent ce style ?

Macabre. Mortis Mutilati est effectivement un projet solo, les autres membres sont des musiciens qui me donnent un coup de main pour les concerts mais ils ne prennent part ni au processus de composition, ni d’enregistrement, mais de temps à autre, pour des besoins d’instruments spécifiques, j’ai dû faire appel à d’autres musiciens. Je pense qu’en étant seul dans un « groupe » la musique devient plus personnelle car elle devient la retranscription de la quintessence propre d’un artiste dans la mesure où le concept est orienté dans quelque chose qui lui est propre. En revanche, je trouve qu’il est également intéressant de travailler en groupe, tout dépendamment de la dimension que l’on veut donner au concept.

Macabre (photo par Neige Paco)

©Nieve de Sangre

MO. À quel moment avez-vous pris la décision d’aller sur scène ? Pourquoi avoir fait ce choix et comment avez-vous recruté les membres qui vous accompagnent ?

Macabre. Je me suis décidé au début de l’année dernière suite à la finition de « Nameless Here For Evermore » où j’ai senti que Mortis Mutilati était arrivé à un état suffisant dans son évolution pour être prêt à être partagé avec un public. J’ai considéré aussi par ce fait que cela porterai plus d’impact au projet. Comme je suis impliqué dans plusieurs autres projets (Moonreich, Neptrecus, Septentrion, Gratzug, Procession Of Death) je connaissais la plupart de mes musiciens ainsi que leurs niveaux. Je leur ai donc proposé de participer à l’aventure en tant que session et ils ont répondu présents.

MO. Comment décririez-vous votre musique ? Quelles sont vos principales influences artistiques (et pas seulement musicales) ?

Macabre. Avec le temps, je me suis créé mon propre monde intérieurement et ma propre vision des choses et en tant que musicien j’ai créé Mortis Mutilati pour l’exprimer. Il y a de nombreuses influences bien personnelles telle que ma fascination pour les cimetières, ce qui est très important, ainsi que d’autres créations artistiques comme le fameux poème du « Corbeau » d’Edgar Allan Poe qui à d’ailleurs été utilisé pour certaines paroles de « Nameless Here For Evermore ». Pour ce qui est de la composition du prochain album, je peux déjà dire que ce qui instille mon esprit sont d’anciennes œuvres picturales telles que les créations et styles de certains artistes comme Millais ou Brueghel.

Neige de Sang

separateur

MO. Vous avez lancé l’été dernier un excellent deuxième album appelé Nameless Here for Evermore. Pourriez-vous nous en décrire le processus créatif ? En êtes-vous le seul auteur, ou est-ce que d’autres musiciens ont mis la main à la pâte ?

Macabre. A la base, j’écris, compose, joue et enregistre toute la musique seul. A l’exception du dernier morceau « La Lanterne Des Morts » qui est un outro exécuté à la harpe et qui pour ce à bénéficié de la collaboration d’Eve Carmignac (qui part ailleurs à déjà participé au premier album en faisant de chœurs). Pour les paroles qui ne sont pas tirées de poèmes, c’est Morne qui est mon ancien batteur session qui en est l’auteur.

MO. Vos deux albums sont distribués de manière plutôt confidentielle (50 copies cassettes pour le premier, 300 copies CD pour le second). S’agit-il d’un choix délibéré ou est-ce lié aux coûts de production ?

Macabre. Les deux albums ont en effet eu un tirage plutôt limité car Naturmacht Productions est un label très underground mais j’espère cependant pouvoir faire un jour une réédition de « Nameless Here For Evermore » et dans la mesure du possible, avec le prochain album, faire prendre une expansion évolutive au projet.

Mortis Mutilati

©Nieve de Sangre

MO. Que pensez-vous de l’expression «Black Métal dépressif et suicidaire» et des stéréotypes qui lui sont associés ?

Macabre. Je pense que le DSBM est un style extrêmement bipolaire sans vouloir faire de jeu de mot… Certains groupes sont excellents mais d’autres sont tout simplement chiants et ridicules. Mais je ne pense pas que l’on puisse qualifier Mortis Mutilati de DSBM. J’appelle plutôt ça du « Funeral Black Metal » car il n’est ni question de suicide ni de dépression dans la musique et dans les textes.

MO. Qu’éprouvez-vous en visitant un cimetière ?

Macabre. Les cimetières sont des endroits très intéressants à visiter d’une part pour les attraits, l’atmosphère ainsi que la sérénité qui se dégagent de ces lieux et d’autre part pour leur aspect curieux qui génère en moi de multiples questionnements autour du mutisme d’un tombe avec un nom et une date (qui était cette personne? Comment est-elle morte etc…). Je ne peux m’empêcher de m’imaginer à quoi peuvent ressembler les corps décomposés au fond de leurs fosses qui ont pourtant eut un jour une apparence vivante et humaine, en particulier lorsqu’il s’agit de quelqu’un de mon âge, voire plus jeune et qui s’est éteint aussi soudainement, avant d’avoir eu le temps de vivre. C’est vraiment la source d’inspiration principale pour la musique de Mortis Mutilati.

MO. Les titres de chanson (je n’ai pas eu accès aux paroles) laissent entrevoir l’utilisation de célèbres poèmes, tels que le Corbeau d’Edgar Allan Poe. La littérature est-elle une source d’inspiration importante pour vos paroles ?

Macabre. Comme je l’ai dit plus haut, oui, la littérature est une source d’inspiration pour Mortis Mutilati mais plutôt au niveau des paroles. Trois morceaux de (dont le morceau éponyme « Nameless Here For Evermore ») ont des textes tirés du poème du Corbeau. D’ailleurs, je compte bien réitérer la chose avec d’autres poèmes ou créations littéraires sur le prochain album, en plus des œuvres picturales.

MO. Observée depuis l’extérieur, la scène française de Black Metal semble extrêmement dynamique, animée par des groupes de grand talent. Partagez-vous cette impression ? Que pensez-vous de votre scène nationale ?

MacabreMacabre. Effectivement, depuis ces dernières années la scène française prend de plus en plus d’ampleur en matière de dynamisme. Je m’en rends en parti compte du fait que je suis impliqué dans plusieurs projets puis de part justement, les activités et le nombre grandissant de concerts et sollicitations de plus en plus fréquentes pour une participation sur divers événements. Cependant, je pense que le phénomène n’est pas juste propre à la France, car avec l’intermédiaire des nouveaux médias, les connections internationales se font plus aisément et octroient ainsi une certaine démocratisation de la scène extrême; pour ce qui est de la scène française en tant que telle, je pense qu’elle a eu ses heures de gloire pendant les 90’s, cela se ressent avec les groupes qui ont influencé énormément de personnes de ma génération tels que Vlad Tepes, Mütiilation, Mortifera etc…). Mais l’on peut constater également qu’aujourd’hui le terme mieux employé serait plus de parler de scène francophone, car nombreux sont aussi les groupes québécois tant en influence qu’en popularité qui ont apporté récemment leur pierre à l’édifice. Je pense donc par ce fait, comme un peu à la manière d’une nouvelle Norvège, que nous somme en train d’entamer  une ère Black Metal sur le plan international, sous le signe d’une francophonie de plus en plus influente en général.

MO. Vos deux albums sont distribués par le label allemand Naturmacht Productions, surtout spécialisé en Black Metal ambiant. Comment en êtes-vous venus à travailler avec ce label ? Qu’attendez-vous d’eux ?

Macabre. Je me suis mis en quête de rechercher un label sur Internet, c’est ainsi que j’ai découvert Naturmacht Productions qui semblait correspondre à ce que je recherchais à ce moment là pour mon projet. J’ai donc écris à Robert, le propriétaire du label, il a tout de suite accepté de sortir le premier album et on s’est mis d’accord pour le faire sortir sous forme de cassette car pour commencer, je voulais une production à l’ancienne. Pour ce qui est de la promotion, là aussi je voulais rester old school avec un minimum de diffusion pour susciter la curiosité des véritables initiés; et à mon grand étonnement, elles se sont écoulées assez rapidement. Nous avons donc retravaillé ensemble pour le deuxième album en décidant cette fois de rajouter un accent sur la promotion (flyers, site web, t-shirts etc), jusqu’à maintenant, j’en suis content, il a fait du très bon boulot.

MO. Vous avez déjà donné plusieurs concerts et partagé la scène avec d’autres excellents groupes. Comment ces expériences ce sont-elles déroulées ? Quelle a été la réaction du public à votre matériel ?

Macabre. Effectivement, nous avons ouvert deux fois pour Sombres Forêts ainsi que pour Mortifera. Tout s’est passé à merveille, encore mieux que ce que je n’aurai jamais imaginé. La réaction du public a été tout à fait inattendue et enthousiaste. Notamment parce que un grand nombre de personne venait me voir pour me faire des éloges, acheter mon matériel et demander des autographes à la suite de ma prestation. Cela m’a très agréablement surpris. Contre toute attente, je ne me serais jamais imaginé un tel phénomène et aussi soudain.

Quoth the Raven – Nervemore

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MO. Quels sont vos projets immédiats ? Doit-on s’attendre à de nouvelles parutions en 2014 ? Allez-vous participer à la saison des festivals européens de Métal ?

Macabre. Je viens de finir d’écrire le prochain album et je devrais commencer l’enregistrement dans les prochaines semaines. Je ne sais pas s’il sera disponible en 2014, cela va dépendre des possibilités de production. Nous sommes en train de travailler là-dessus avec mon nouveau manager, Djinnkaya Weathertimelord qui d’ailleurs a déjà travaillé et est très impliquée dans la scène du Metal Noir Québécois.

Nous rejouons à Paris le 2 Février avec les italiens de Handful Of Hate et nous allons de-même  effectuer notre première date à l’étranger, en tête d’affiche qui plus est, le 29 Mars à Lugau, en Allemagne. Nous ne sommes pas pour le moment programmés sur d’autres festivals mais des démarches sont en cours.

MO. Merci beaucoup.

Black Cilice – Summoning the Night

Posted in Black Metal, Critique with tags , , , , , , , on 2014/01/17 by Asag Asakku

Il nBlack Cilice – Summoning the Night’y a rien de plus désolant qu’un album avec un certain potentiel être délibérément gâché par une production minable. Pourquoi un musicien choisit-il sciemment d’enterrer son travail de composition sous une épaisse couche de médiocrité auditive ? Même après toutes ces années à écouter et analyser des disques de Black Metal, il s’agit-là d’un mystère que je ne suis jamais parvenu à éclaircir.

Une nouvelle manifestation de ce triste phénomène nous est fournie par Black Cilice, un projet-solo originaire du Portugal qui lançait l’été dernier un deuxième album appelé Summoning the Night. La pochette de ce supplice est d’ailleurs particulièrement éclairante quant à son contenu : minimaliste et remarquablement laide (le même concept visuel était en outre déjà utilisé pour l’album précédent).

Pourtant, sous l’épaisse couche de distorsion étouffante, on retrouve quelques étincelles qui auraient mérité un meilleur sort. On distingue ainsi quelques bons riffs, éparpillés au gré des six titres, qui suggèrent une certaine maîtrise musicale de leur auteur. Par exemple, la pièce Chaos and Evil est constituée d’une intéressante juxtaposition d’accords lourds et répétitifs, agencés avec une poignée de notes en trémolo. Malheureusement pour l’auditeur, la bouillie sonore démarre dès la cinquantième seconde. Les accords joués en boucle sont enterrés par la statique, résultat d’un enregistrement bâclé. La voix du chanteur (sic) est un autre irritant important. Il s’agit en fait de hurlements mêlés aux autres instruments, donnant parfois l’impression d’entendre un animal quelconque subir une vivisection. Croyez-moi, les trente-cinq minutes de cet album paraissent infiniment plus longues…

Peut-être qu’un jour, un interprète pratiquant cette forme de Black Metal m’expliquera ce qu’il cherche à accomplir ou à démontrer. J’ai toutefois bien du mal à y entendre autre chose qu’un talent limité qui cherche à masquer ses maladresses. Pataugeant des les clichés et les stéréotypes les plus éculés, Black Cilice est un autre de ces groupes qui persistent à croire que la mauvaise qualité sonore est un gage d’authenticité. Summoning the Night prouve pourtant exactement le contraire.  (English version)

S03

Label : Altare Productions

Durée : 00:35:21

Parution : 27 juillet 2013

Extrait : Chaos and Evil 

Sorcier des Glaces – Ritual of the End

Posted in Black Metal, Critique with tags , , , , , , on 2014/01/15 by Asag Asakku

LSorcier des Glaces – Ritual of the Enda parution d’un nouvel album de Sorcier des Glaces est un événement qui traverse les frontières de notre scène nationale. La niche stylistique du groupe rejoint en effet un vaste public, attiré par des compositions inspirées par les premiers âges du Black Metal norvégien. Projet studio depuis maintenant dix-sept ans, la formation québécoise appartient aux pionniers du style dans notre province et ses trois premiers albums sont aujourd’hui considérés comme des classiques.

Le groupe ne chôme pas et lance en 2012 un très bon split avec Monarque, une maxi cassette reprenant des inédits et vieux morceaux ainsi qu’un réenregistrement de Snowland, leur tout premier album, d’abord paru en 1998. L’amateur doit cependant aiguiser sa patience pour finalement découvrir le quatrième album du sorcier (le second volet de la trilogie débutée avec The Puressence of Primitive Forests), dont la date de lancement est maintes fois repoussée. Prévu pour 2013, c’est plutôt à la fin janvier 2014 que Ritual of the End doit être finalement relâché.

Stylistiquement, le groupe reste fidèle à lui-même, avec ses nombreux emprunts aux premiers albums d’Ulver et d’Arcturus. Dès Under the Moonlight, les principaux repères sonores sont établis, avec de longs enchaînements de trémolos à la guitare et un jeu de clavier distribué en nappes (ndlr. On m’informe que je me suis fait berner, il n’y aucun clavier sur cet album). Cet agencement procure une dimension grandiose aux chansons, encore plus nettement sur cet album que sur ses prédécesseurs. Le son trop sec de la caisse claire est par ailleurs le seul détail vraiment agaçant quant à la production, autrement impeccable.

Globalement, Ritual of the End détient un tempo plus lent que les premiers albums. Ce choix permet au sorcier d’explorer de nouvelles possibilités, qui rejaillissent notamment sur la magnifique The Frozen Sword of Midnight, sans doute une des meilleures chansons enregistrées par le groupe. Une puissante ambiance se dégage de cet hymne interprété surtout en mid-tempo avec des passages alliant arpèges et  trémolos. L’auditeur se laisse ainsi entraîner dans une sorte de rêverie glaciale, subissant vers la fin un sursaut rythmique inattendu. Le groupe reprend également Macabre Operetta, une chanson tirée du second album de Samael, un excellent choix qui s’insère à merveille parmi les compositions originales.

Contrairement à une croyance tenace, la musique de Sorcier des Glaces est capable d’évoluer et son horizon stylistique ne se limite pas à la période 1991-1994. À l’instar de ses principales influences, le sorcier diversifie son approche, devient plus atmosphérique, voire progressif. Il offre avec Ritual of the End un album d’une grande maturité, agréable à écouter grâce d’excellentes compositions et une superbe réalisation. Il me tarde de découvrir la conclusion de cette trilogie glacée. (English version)

S08

Label : Obscure Abhorrence Productions

Durée : 00:53:34

Parution : 31 janvier 2014

Extrait : The Frozen Sword of Midnight

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