u début des années 2000, la plupart des membres de la formation suédoise Domgård tâtent des douceurs de la prison après avoir mis le feu à quelques églises de leur région natale. Une fois libre, ils reviennent à la musique et adoptent un style très proche de celui d’Emperor, dont au moins deux des membres ont aussi été des adeptes du jerrycan d’essence dans les années 1990, avant de passer quelques saisons dans une cellule de deux mètres sur trois. Coïncidence ? Qui sait. Donc, après un premier album paru en 2010, le groupe dirigé par Grim Vindkall revient avec un second effort appelé Myrkviðr (2012).
D’emblée, on perçoit les similitudes entre Domgård et les grandes formations de Black Metal symphonique de la fin des années 1990. L’album baigne dans une atmosphère froide, souvent lugubre (trait caractéristique des premiers opus de la bande à Ihsahn) tout en demeurant bien rythmé et harmonique. Le titre d’ouverture donne le ton, avec son clavier langoureux, par-dessus lequel des guitares alternent entre les parties rapides et d’autres plus épiques, pendant lesquelles la voix de Vindkall devient déclamatoire. Nattsvart Urkraft est plus directe et agressive, enrobée de beaux passages Thrash qui donnent envie de taper du pied, alors que Förhäxad av Likmarors Kall rappelle plutôt les œuvres de Taake, avec son introduction fast picking et son ambiance très old school. La suite est à l’avenant. Les compositions sont solides et bien exécutées, comme De Underjordiska et ses allures de Windir ou encore l’instrumentale Skymningsfärd Över Gravmyr et sa magnifique ouverture de guitare. Domgård s’inscrit également dans le vaste chapitre de groupes inspirés par la nature. En effet, des extraits de hurlements de loups ou de vents du nord étant entendus un peu partout sur l’album, lequel donne parfois l’impression à l’auditeur de se promener dans une sombre forêt un soir de pleine lune. Un mot sur la production, solide mais avec une batterie un peu étouffée.
Malgré un aspect « hommage aux meilleurs groupes norvégiens» très appuyé, Myrkviðr demeure un album intéressant. L’écriture y est maîtrisée, ce qui donne un disque sans aucun temps mort ou remplissage. À moins d’être blasé ou très difficile, Domgård permet à l’amateur de passer un agréable moment, avec le sentiment de revisiter les grands classiques du Black Metal. (English version)
eu de groupes de métal extrême parviennent à se renouveler artistiquement au cours de leur carrière, et ceux qui s’y essayent sont souvent jugés très sévèrement par les fans. C’est pourtant ce pari risqué que prend Marduk, groupe suédois mondialement respecté, en congédiant leur charismatique chanteur Legion et en le remplaçant par Mortuus, également leader de Funeral Mist. L’effet de ce changement n’est pas encore apparent sur Plague Angel (2004), album entièrement écrit avant l’arrivée du nouveau vocaliste, mais il frappe de plein fouet avec Rom 5:12 (2007), qui transforme le son de ces brutes de Norrköping. Intégrant l’univers glauque et malsain de son nouveau chanteur, Morgan (guitares et composition) pond un disque déstabilisant pour quiconque suit le groupe depuis ses débuts. Celui-ci était en effet surtout connu pour son approche directe et brutale, très proche du Death Metal. Misant désormais davantage sur les ambiances et les atmosphères, tout en conservant une grande agressivité, le groupe récidive avec Wormwood (2009), album qui confirme leur nouvelle orientation musicale. Donc, trois ans plus tard, après avoir semé la mort et la désolation au cours d’innombrables tournées, Marduk relâche Serpent Sermon (2012).
L’album commence avec la pièce titre et son imparable refrain. Il s’agit d’une belle entrée en matière, bien composée et accessible, qui fera mouche en spectacle. Chanson courte et directe, Messianic Pestilence suit immédiatement et rappelle les belles heures des albums les plus brutaux du groupe. Ça cogne pour faire mal ! Souls for Belial, premier extrait paru sur un simple, est quant à elle un pur produit de l’ère Mortuus. Après une introduction sous forme de gémissements, un déluge de décibels vient égratigner les tympans. Généralement blastée, cette chanson connaît aussi des passages plus lents, au cours desquels le chanteur récite ses paroles avec son inimitable voix rocailleuse. Il s’agit sans contredit du meilleur titre du disque. Le périple se poursuit avec Into Second Death, laquelle s’appuie sur une rythmique rapide, mais groovy, comme du Hard Rock joué à fond de train, donnant un résultant très intéressant et plutôt rare dans la discographie du groupe. L’ambiance s’alourdit et le tempo ralentit avec Temple of Decay, pièce sombre et désespérée qui marque – à mon avis – un tournant dans l’album. En effet, Damnation’s Gold est une pièce longuette et sans rythme qui fait baisser l’intérêt de l’auditeur. Plus rapide, Hail Mary (Piss-soaked Genuflexion) permet de relever un peu l’oreille, mais celle-ci ne résiste pas à M.A.M.M.O.N., chanson mal écrite et syncopée qui s’écarte beaucoup trop de l’efficacité habituelle de Marduk. Gospel of the Worm redresse tout de même la barre avec l’efficacité de sa section rythmique endiablée. Les pièces conclusives, World of Blades et Coram Satanae (chanson bonus), toutes deux construites sur un air mid-tempo, ne parviennent pas à calmer mes interrogations quant à cet album.
Démarré en trombe, Serpent Sermon s’essouffle à mi-parcours, se reposant au fur et à mesure sur des chansons de facture moyenne, si on se fie aux standards élevés établis par le groupe lui-même. Seuls quelques titres parviennent vraiment à susciter mon enthousiasme, les autres ne faisant qu’effleurer mon esprit lorsqu’écoutées distraitement. Ce treizième album de Marduk n’est pas une déception, mais ne constitue pas non plus un grand cru. (English version)
e vous propose aujourd’hui une entrevue avec Jean-Baptiste le Bail, le très sympathique chanteur, guitariste et fondateur du groupe français Svart Crown. Néanmoins, une petite mise en contexte s’impose. Les premiers contacts avec le label du groupe se déroulent au début du mois de mars, afin d’obtenir une entrevue par courriel, en prévision de leur passage printanier au Québec. Les questions sont envoyées quelques jours plus tard, mais depuis, silence. Malgré plusieurs rappels, je n’obtiens pas de réponse. Mais, surprise ! La veille du concert, je reçois un courriel de Jean-Baptiste, arrivé à Québec depuis peu. Il me propose de le rencontrer avant le spectacle. C’est donc dans une petite sandwicherie de Saint-Roch que je l’interviewe. Je vous offre la transcription complète de cet entretien, afin de vous donner l’impression d’être assis avec nous. C’est assez long, mais vous ne serez pas déçus.
Métal Obscur : Tout d’abord, merci d’avoir accepté de répondre à cette entrevue. Svart Crown existe depuis 2004 et lance deux albums, Ages of Decay (2008), suivi par Witnessing the Fall (2010). À l’intention d’un public qui vous connaît peu, pourriez-vous nous décrire les moments marquants qui jalonnent l’existence du groupe, depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui ? Dans le même esprit, y a-t-il eu des moments plus difficiles, voire des doutes ?
Jean-Baptiste Le Bail : Le groupe est né en 2004 avec un line up complètement différent. Je suis le seul membre original. Le groupe s’est formé au lycée, avec des fans de musique extrême, de Death, de Black, avec l’envie de monter un projet. On a commencé à donner quelques petits concerts locaux et très vite, ça a pris de l’ampleur. On était très motivé. On a enregistré notre première démo assez vite, Bloody Crown, au bout de huit mois. S’en est suivi un premier changement de line up, puis un second et on a enregistré notre premier album, Ages of Decay en 2007, sur Rupture Music. C’est là que le groupe a donné des premiers concerts à l’étranger. Le label s’est ensuite plus ou moins arrêté et pendant la composition de Witnessing the Fall, on a dû changer de label, ce qui était facile et difficile en même temps, tu vois : il y avait beaucoup de labels qui nous offraient des trucs, mais c’était des labels très petits et on voulait avoir une distribution au moins européenne et peut-être aussi aux États-Unis. Une fois que l’album a été enregistré, on a réussi à se trouver une tournée avec Shining, donc là… tout s’est bien goupillé, on a signé et l’album est sorti en 2010. C’était vraiment un bon moment, parce que se retrouver avec un album fait sans label, c’est vraiment très difficile et très angoissant, parce qu’on a mis pas mal d’argent pour qu’il se réalise et on avait peur que ça se fasse pas. Alors maintenant on est chez Listenable, un très bon label en Europe, en France du moins.
On a eu un dernier changement de line up, à la batterie. Le nouveau batteur s’appelle Nicolas, qu’on connaît très bien, qui jouait dans Artefact, un groupe du sud, un très bon ami. Depuis la sortie de Witnessing, on tourne vraiment beaucoup, en Europe, les festivals. Les coups durs, on va dire, c’est vraiment les changements de line up, le départ de Gaël qui avait enregistré la batterie sur Witnessing. Voilà, c’est un petit tour d’horizon.
MO. Le style pratiqué par le groupe conjugue des éléments sonores du Black et du Death Metal, mais je préfère vous demander de définir votre propre musique. Comment la décririez-vous à un amateur qui se demande s’il doit acheter vos albums ?
JBLB. À la base, on a toujours opté pour une étiquette simple, le Death/Black. C’était toujours les influences, des groupes qui mixaient l’influence Death et Black et sur les groupes typiquement Death ou Black, ceux qui arrivaient à mixer ces deux courants. Je prends par exemple Mayhem, avec un album comme Chimera ou Grand Declaration of War arrivaient à mixer des ambiances, sans être seulement du Black, même si j’aime le groupe depuis longtemps, mais c’était plus ça qui me fait vibrer. Alors Gorgoroth, on va dire, les deux derniers, Twilight of the Idols, Ad Majorem Sathanas Gloriam sont vraiment des albums Black, mais avec une touche moderne, obscure, qui nous fait vraiment tripper. Dans le Death, les seuls groupes qui nous touchent, c’est Morbid Angel, Immolation, Nile qui font quelque chose de très obscur, mais il y a quelque chose qui se passe, une émotion ressentie, c’est en même temps groovy, assez entraînant et violent.
Alors pour décrire Svart Crown, je dirais que c’est un concentré de violence, de hargne, de haine et aussi quelque chose au niveau des émotions. On transmet quelque chose d’assez négatif, de noir. Je pense que n’importe quelle personne qui écoute du métal peut se retrouver dans ce groupe là, y a une palette de styles divers et variés, tout en gardant une certaine cohésion, car bien sûr il y a des gens qui n’aiment pas du tout ce style-là, en général autant un mec qui aime le Black Metal, du Death ou du Hardcore peut se retrouver dans la musique qu’on fait.
MO. Je me rappelle avoir beaucoup apprécié Witnessing the Fall au moment de sa parution. Complexe, parfois chaotique, il est aussi brutal et doté d’une production râpeuse très adaptée aux compositions. Pouvez-vous nous raconter quel en a été le processus créatif, de son écriture à son enregistrement ? Qui s’occupe de quoi dans le groupe à ce chapitre ?
JBLB. Il y a une grosse différence entre les deux albums. Déjà, l’état d’esprit n’était pas du tout le même. Donc le premier, on était vraiment jeune et on voulait faire un album assez bien produit, assez puissant, mais on avait pas vraiment expérimenté les combinaisons de guitares, de couches, de mélodies, tout ça, on voulait surtout se concentrer sur l’efficacité sur scène, donc les grosses rythmiques, très Death Metal, un peu bulldozer. Mais déjà sur la fin de la composition d’Ages of Decay, déjà on commençait à voir des éléments un peu plus noirs, un peu plus de violence et c’est sûr qu’à la fin de… dès qu’on a fini d’enregistrer le premier album, on s’est dit que pour le prochain, on allait se garder ces éléments-là. D’ailleurs, les seuls morceaux de l’album qu’on joue c’est Apocalyptic Triumph ou Orgy and Sodomy, voilà très noirs et qui reflètent mieux ce qu’on est devenu.
Après, il y a eu un changement de line up, donc on a accueilli Clément Flandrois, qui est un ami de longue date, un de mes meilleurs amis au quotidien avec qui je partage un sens de la musique. Donc il a beaucoup apporté, pas vraiment au niveau guitare sur cet album là, même s’il amené quelques idées vraiment géniales, mais c’est plutôt au niveau spirituel, il m’a guidé dans le processus de composition et puis même les trois autres. En général, je compose plutôt tout seul, j’écris le matériel, et puis je propose aux autres des maquettes en leur disant « voilà, c’est ce que je fais en ce moment, qu’est-ce que vous en pensez ? » et puis là, ils me disent « ça on aime, ça on n’aime pas. » Après, il y a une discussion qui se fait, des fois on garde le morceau, des fois on ne le garde pas, après on le travaille ensemble et des fois il y a des petites choses qui changent.
Basiquement, je me retrouve tout seul, je compose la musique, des riffs, des enchaînements et je vois ce que ça donne. J’essaye de trouver une atmosphère, de m’imprégner du moment, je regarde des films un peu glauque, tu vois, je lis des trucs assez négatifs et j’aime bien m’enfermer des heures, des journées entière en ne faisant que ça et c’est là que j’arrive à trouver des idées. Sinon, il y a des riffs assez spontanés, qui arrivent tout seuls, sur le canapé en train de gratouiller la guitare, il y a une certaine énergie et puis pom! Ça y est. C’est un petit peu la marque de fabrication. Maintenant qu’on est un peu plus rassemblés tous au même endroit, c’est un peu plus facile pour se voir et pour travailler les arrangements.
MO. Travaillez-vous davantage les morceaux en salle de répétition ou en studio ?
JBLB. À l’époque de Witnessing, on était vraiment tous éparpillés. Moi, au gros moment de composition, j’étais en Suède, en plein Erasmus, un programme d’étude à l’étranger, les autres en France, dispatchés aux quatre coins, alors on s’envoyait des maquettes et chacun apprenait avec les tablatures et on arrivait à se voir quelques jours et tout le monde connaissait à peu près les morceaux et on les pratiquait ensemble. On a beaucoup bossé individuellement, pas vraiment ensemble, mais on a quand même trouvé une petite cohésion, on a beaucoup bossé en duo. Moi avec le batteur, pour trouver quelles parties de batterie étaient les mieux adaptées aux riffs, etc. et pareil avec la guitare et la basse, et puis on s’est vu tous ensemble. Pour être vraiment prêts pour le studio.
MO. Vous avez déjà donné de nombreux spectacles et participé à plusieurs festivals européens d’envergure. Quels sont les endroits où vous avez préféré jouer ? Les petites salles, les festivals ? Pourquoi ?
JBLB. Écoute, pour le coup, les deux font vraiment l’affaire. Autant en club, quand on est tournée, ce qui est important, c’est le contact avec le public et la proximité. Donc il y a certains publics qui sont nettement plus réceptifs à la musique qu’on fait, notamment en Pologne, dans les pays de l’Est et dans les Balkans, où on sent que les gens ont vraiment la fibre du métal extrême, du mélange de ce type, notamment en Pologne, où il y a vraiment une culture, où un groupe comme Behemoth vend autant d’albums qu’une pop star locale, il y a vraiment quelque chose. Les gens y sont plus habitués d’écouter ce type de musique. Donc forcément… il y aussi le côté « Français » qui joue un petit peu. Les mecs aiment bien la scène française. Donc la proximité, une communion avec le public, une rage qui vient, une espèce de renvoi d’énergie. Ce qui est important pour nous, c’est qu’un concert, c’est 45-50 minutes dans la journée, mais il y a tout ce qui vient avant et après qui est important, donc dans la configuration « club » c’est très important d’être dans un pays qu’on aime, de pouvoir visiter, de voir la culture locale. Donc, ces pays-là, je dirais, en priorité,la Pologne,la République Tchèque. On a aussi beaucoup aimé le Danemark. Sinon, du côté français, ça va de mieux en mieux. L’accueil est toujours très très bon et c’est là qu’on a la plus grande base de fans.
MO. Vous avez joué au Hellfest l’an dernier, non ?
JBLB. Ouais on a joué l’an dernier au Hellfest, mais là ça été vraiment un moment extraordinaire, peut-être le moment le plus fort en tant que musicien, où on a ressenti le plus de choses. On a joué très tôt, à 11h du matin, et on s’est aperçu… on ne pensait pas avoir autant de suiveurs sur ce concert-là et voilà, on est arrivé et la tente dans laquelle on jouait était quasiment pleine, environ 3000 personnes, c’était impressionnant. On s’attendait pas à un tel retour, surtout qu’on ouvrait le festival, donc on a joué le premier jour sous la tente, donc voilà. On a senti que le public avait hâte d’en découdre, hâte d’être sur le festival et on avait fait une tournée en France quinze jours avant avec Septic Flesh, je pense qu’on avait passé le mot et on a rencontré plein de gens qu’on avait vu sur cette tournée, qui sont venus, des amis de longue et de la scène, on voyait un peu tout les amis, les fans qu’on avait en France. C’était vraiment très émouvant. Donc, pour le coup, un concert comme ça reste gravé.
MO. Un endroit difficile, où vous n’avez pas aimé jouer, ou ne voudriez pas retourner ?
JBLB. Ah, on va dire qu’on a un petit contentieux avec l’Italie, par exemple. On va dire que les conditions d’accueil ne sont en général pas optimum, pour rester poli. On ne va pas faire une généralité, parce qu’on a pas visité toute l’Italie non plus, mais pour un pays comme le leur, frontalier àla France, économiquement, c’est la même chose mais c’est en-dessous que certains pays de l’Est, qui sont beaucoup plus dans la difficulté. Déjà, là, on estime que l’effort n’est pas fait. C’est important pour un groupe de voir que les gens qui l’accueillent font le maximum. On est là pour jouer, pour se donner à fond, pour s’amuser, alors on veut pas tomber sur des gens qui font ça seulement pour le faire et qui s’en foutent. Des fois, la promotion n’est pas assurée, les choses ne sont pas dites à l’avance, etc. Disons qu’on a un petit contentieux avec ce pays-là, sinon, c’est vraiment le seul pour lequel on est réticent à aller jouer.
MO. Vous avez complété en février dernier une tournée avec les Néo-Zélandais d’Ulcerate (Death Metal technique), le même groupe que vous accompagnerez lorsque vous traverserez l’Atlantique. Comment s’est déroulée cette tournée ? Quelle a été la réaction du public devant une affiche proposant deux groupes aussi différents ?
JBLB. Alors ce qui s’est passé, c’est que, avec Jamie, le batteur d’Ulcerate, on est en contact depuis hum… quelque temps parce que voilà, un peu comme du tape trading, mais via Internet, on prend contact avec des groupes qu’on adore. Alors Ulcerate, depuis leur album Everything is Fire, heu, on est tous fans de ce qu’ils font. Alors il y a eu une prise de contact et lui, il aime beaucoup l’album Witnessing the Fall, alors ce qui s’est passé, c’est que justement c’est qu’à l’époque, on devait faire une tournée commune avec Immolation et Krisiun et la tournée ne s’est faite parce qu’apparemment, Immolation voulait plus tourner, la tournée à eu du mal à se booker, donc voilà on était heuuu… assez énervé par rapport à cette situation là, donc moi j’ai demandé à Jamie, écoutez, si vous voulez, on se fait la tournée tous les deux, bon, se sera plus underground, mais bon, j’organise la tournée et c’est ça. Ils ont dit d’accord. Entre temps, ils ont même eu des propositions de tournée plus intéressantes et ils ont dit non, ils préfèrent tourner avec Svart Crown, à deux groupes. Alors moi j’ai proposé le plateau à plein de promoteurs que je connaissais et ils ont été emballés. On a réussi à booker un mois de tournée en février en Europe, on a fait une grande partie des pays européens et la tournée s’est bien passée. Ils faisaient vraiment très très froid, alors ça c’était pas facile à gérer, mais sinon, on peut dire que ça été un succès et il y a eu du monde. C’était cool.
MO. D’après mes informations, ce sera la première fois en mai prochain que Svart Crown foule le sol nord-américain. S’agit-il de la première étape d’une conquête systématique, ou alors d’une excursion exploratoire ? Hormis les quelques dates prévues avec Ulcerate (qui participeront aussi au Maryland Deathfest), avez-vous d’autres engagements de prévus ?
JBLB. Pour le Maryland Deathfest, malheureusement on n’a pas pu être ajouté à l’affiche. On s’est ajouté à la tournée très tard, donc toute l’affiche était déjà bookée. Pour ainsi dire, jouer aux États-Unis, heu, en Amérique du Nord, pardon, c’était important, puis c’est aussi un rêve pour un groupe européen, traverser l’Atlantique et aller jouer dans un des berceaux de la musique qu’on fait, c’est fascinant, c’est excitant, c’est même génial, heu, donc on allie plaisir et envie de conquête et de répandre horizontalement la musique de Svart Crown, tu vois, le but c’est pas, pour le moment, de remplir des salles de milliers de personnes, on s’en fout. C’est plus à la limite de toucher un public dans chaque pays, le public métal et c’est que ces personnes puissent connaître Svart Crown ait au moins la chance d’apprécier ou non notre musique. On a eu cette opportunité là, on a plus ou moins essayé de venir jouer par d’autres moyens, et Ulcerate nous a proposé cette tournée-là, ils cherchaient un groupe et comme on avait fait la tournée avec eux en Europe, et même, ils nous avaient proposé cette tournée là avant celle en Europe, et nous ont dit « on cherche un groupe, ça vous tente ? » et on a dit « allez, on le fait ! ».
C’est aussi une envie de conquête, parce qu’on adorerait revenir, le marché nord-américain est très important, c’est pas la même qu’en Europe, on commence à découvrir comment les choses se passent ici et c’est vraiment très excitant et on veut voir comment ça peut se passer dans les années prochaines.
MO. Qu’est-ce qui s’est passé à New York ?
JBLB. Voilà, on a donné notre concert, un super show, on était vraiment aux anges, et on est allé à l’hôtel, qu’on avait checké l’après-midi, qui se trouve exactement à Jamaica Street, à côté de l’aéroport JFK. Je sais pas si ça dépend du Queens ou pas ce quartier là, bref. Nous avons garé notre van dans un parking, mais c’est pas comme en Europe, les parkings sont pas vraiment sécurisés, pas vraiment de trucs… le parking de l’hôtel, donc avec des caméras de surveillance et un veilleur de nuit était sensé fait des rondes. Tout notre matériel était dans le van, il y avait pas de trailer, donc, et… on peut pas à chaque fois prendre toutes nos têtes d’amplis et se refaire un loading dans les chambres d’hôtel, c’est impossible. Dormir dans le camion, surtout comme celui-ci, c’est pas évident. Si quelqu’un avait dormi dans le camion et qu’on vient braquer le van, on sait pas comment ça se serait passé. Peut-être que les mecs seraient venus avec des guns, on sait pas. Alors du coup on a tous dormi à l’hôtel et le matin, on s’est réveillé et le van était fracturé. Alors on a regardé et on a constaté ce qui manquait et puis là ça été le coup dur pour Ulcerate, parce qu’il leur manque… on a dérobé tous leurs préamplis et leurs pédales d’effets, ce qui pour eux, pour le son d’Ulcerate est primordial, c’est important, c’est ce qui fait leur son. Ils utilisent par soir, on va dire, une dizaine de sons chacun, les guitaristes, donc voilà, c’est un matériel qui coûtait extrêmement cher et qui était important pour eux. Ils ont mis énormément de temps à le constituer, c’est des choses qui prennent du temps, alors voilà, perdu en une seule nuit.
Et pour nous, on a volé tout notre merchandising. Il nous reste des CD et des vinyles, mais tous les t-shirts, les sleeves, tout ça, tout volé. Pour nous, c’est vraiment un coup dur, parce que sur cette tournée là, la merch était le seul moyen de plus ou moins rentabiliser un peu nos frais, tu vois, qui sont énormes, heu… c’était un coup dur et une incompréhension, parce que piquer du merch… et puis on s’est senti un petit peu violé dans notre espace. Donc, bon. Après, on a vite pris des décisions, on a appelé la police, on a décidé de continuer la tournée et on fera avec. On prête notre matériel à Ulcerate pour assurer le show convenablement et… pour nous, on essaie de pas se laisser abattre, on est là pour tripper, pour prendre du temps, on a mis cet événement de côté, on essaie de plus y penser, de se concentrer sur les concerts et profiter du moment. Après, le reste, on verra comment ça va se passer en rentrant en Europe.
MO. Deux spectacles en terre québécoise sont prévus, Montréal et Québec. Il existe ici une scène locale très active, tant pour le Black que pour le Death Metal. En avez-vous déjà entendu parler, voire déjà écouté quelques groupes ? Si oui, lesquels et qu’en avez-vous pensé ?
JBLB. Écoute, la scène québécoise, depuis quelques années, on en entend de plus en plus parler et on voit des groupes qui viennent jouer en Europe. Il y a un groupe qui vient jouer en juin, Forteresse, me semble-t-il. D’autres aussi. À l’époque, je me souviens, j’aimais un groupe qui s’appelait Frozen Shadows, qui n’existe plus, notamment leur album Hantise, un album bien glacial, vraiment un très très bon album. Sinon, je connais quelques groupes, mais j’ai jamais trop suivi la scène québécoise, mais j’ai l’impression qu’elle est vraiment très très forte ici. Sinon, pour nous, le Canada ça évoque surtout les groupes de Death technique, on va dire Cryptopsy, Gorguts surtout, Quo Vadis et plus récemment Beneath the Massacre. C’est pas des groupes qu’on aime trop trop, hormis Gorguts et les premiers Cryptopsy, mais voilà, c’est tout cela que ça nous évoque. Il y aussi Kataklysm, en Europe. Après, vous avez Roch Voisine, tout ça… vous nous avez envoyé de sacrées perles (rires).
MO. Travaillez-vous en ce moment sur un nouvel album ? Si tel est le cas, pouvez-nous nous donner quelques détails quant à son état d’avancement ? À quoi peut-on s’attendre musicalement ?
JBLB. Ces concerts-ci sont les derniers qu’on fait pour Witnessing. On a commencé à composer le nouvel album depuis quelques mois, mais là on est vraiment dessus. On fait une petite pause tournée, ça fait quelques semaines qu’on s’y est plus trop attardé. Donc là, il y a une bonne grosse moitié qui est composée, qui est plus ou moins tournée.
MO. Est-ce que vous jouez de nouvelles chansons live ?
JBLB. Non, pas encore. On est pas encore totalement satisfait du rendu pour les proposer en concert, mais voilà, ça vient, ça vient doucement et on espère enregistrer avant la fin de l’année, pour proposer une sortie début 2013.
MO. À quoi est-ce qu’on peut s’attendre ?
JBLB. Pour le moment, d’après ce qu’on a pu récolter, ce qui se fait sera dans la continuité de Witnessing, en allant encore plus loin dans le procédé. On va essayer de trouver notre voie, par rapport à ce qu’on a fait dans Witnessing, ce sera une musique encore plus personnelle, peut-être encore plus riche, encore diversifier les ambiances, sur certains passages alourdir encore plus le tempo, trouver des moments encore plus violents, voilà.
MO. Vue d’ici, la scène française semble en pleine ébullition, avec le rayonnement de nombreux groupes, tant pour le Black que le Death Metal. Êtes-vous de cet avis ? Que pensez-vous de la scène métal française, prise dans son ensemble ?
JBLB. Je suis très heureux, très content, que notre pays ait une scène qui évolue dans le bon sens. Comme tu dis, on a toujours eu des groupes mais qui avaient énormément de mal à s’exporter. Pendant un moment, les seuls fers de lance, c’étaient Loudblast, Misanthrope, etc. qui arrivaient à faire de concerts, mais maintenant, depuis vraiment quelques années, de plus en plus de groupes français s’exportent, arrivent à jouer à l’international, arrivent à avoir des contrats de disque qui leurs permettent d’être distribués à un niveau mondial, donc c’est déjà un énorme point positif. J’ai l’impression que la scène française, que ce soit dans le Black Metal, Death Metal et même tout ce qui est Hardcore, commence à vraiment faire parler d’elle. Il y a vraiment des fers de lance dans le style, comme Deathspell (Omega) qui a vraiment créé quelque chose d’unique et qui finalement est présent partout. Nous, quand on va jouer dans des pays, forcément on parle de ce qui se passe et on nous dit « p’tain, Deathspell Omega, c’est le groupe qu’on adore » ! Il y a aussi Gojira qui aussi est, pour le coup, le plus gros groupe français et l’un des groupes qui, j’ai l’impression, au niveau mondial fait partie des cent groupes à vraiment à voir, quoi ! On est très fiers de ça. Par rapport à la scène française, justement avec tous les concerts qu’on fait, on est proche de beaucoup de personnes, alors on a tissé des liens d’amitié avec beaucoup de personnes, comme tu dis, de Vorkreist, Glorior Belli, Merrimack, Temple of Baal, et aussi Aosoth, qui sont de bons amis. Dans le Death Metal, il y a des groupes comme Benighted, dont t’as peut-être entendu parler, Gorod aussi avec qui on est vraiment très très copains et on les voit, à chaque fois on prend des nouvelles, ils sont partis en Russie, aux Etats-Unis. Benighted a ouvert pour Morbid Angel en Europe, il y a vraiment des choses très intéressantes qui se passent, alors voilà, c’est bien. D’autant plus que voilà, on s’entraide un peu mutuellement, on se refile des contacts, on parle un petit peu des expériences. Avant de venir ici, on était en contact avec justement les mecs de Gorod, qui avaient fait plus ou moins le même trip que nous, en se disant, voilà, comment ça se passait, c’est des petits concerts, c’est des trucs comme ça. Il y aussi une scène en France que moi j’aime beaucoup, qui est assez forte, qui est, on va dire, postmoderne métal, représentée par Hacride, Klone, Trepalium, qui font tous partie d’un coup avec qui on est assez proches, et puis aussi dans le Hardcore, on a beaucoup de groupes qui font du Hardcore très négatif, comme Kickback, Celeste, Overmars, etc. Donc, il y a un éventail de groupes vraiment très intéressants, qu’en toute honnêteté j’arrive peut-être pas à retrouver dans des pays comme l’Allemagne, qui a longtemps été considéré comme le pays vraiment, pourtant, il reste de très bons groupes, mais en groupes émergents, je trouve pas qui se passe grand-chose, même en Norvège, ces dernières années, comme nouveau groupe, hormis peut-être Kvelertak ou autres, mais j’ai pas découvert de groupes intéressants.
MO. Mot de la fin ?
JBLB. Eh ben, merci pour cette interview, désolé du retard et puis voilà en espérant que le concert de ce soir se passe bien (rires).
C’est sous une pluie battante que je me rends au centre-ville afin d’assister au spectacle offert par des visiteurs d’exception. C’est en effet la première fois que les Français de Svart Crown et les Néo-Zélandais d’Ulcerate viennent nous rendre visite. Les deux groupes se connaissent bien, ayant réalisé ensemble une tournée européenne l’hiver dernier. Profitant d’une présence au Maryland Deathfest de cette année, les Kiwis en tête d’affiche décident de donner quelques spectacles sur la côte est avant de mettre le cap vers Baltimore, amenant avec eux leurs copains français.
C’est toutefois dans une Agitée bien vide que ces groupes doivent s’exécuter. Lorsque le spectacle démarre, nous sommes tout au plus une trentaine dans la salle. Un mardi soir chaud et pluvieux n’est sans doute pas propice à la découverte de formations étrangères de talent. C’est donc dans une pièce extrêmement humide que le groupe québécois Chaos Catharsis débute les hostilités. Le style pratiqué par celui-ci me laisse toutefois plutôt indifférent. Je n’écoute plus de gros Death Metal depuis longtemps déjà… On sent bien que les quelques braves qui ont défié les éléments afin d’occuper la salle partagent mon point de vue. Au terme d’une prestation un brin trop longue, le groupe cède sa place à l’unique raison qui motive ma présence en ces lieux.
J’écoute Svart Crown depuis la parution de leur tout premier album, Ages of Decay (2008) et je considère toujours leur second opus, Witnessing the Fall (2010), comme un excellent album de Black/Death Metal complexe et agressif. Malgré une foule clairsemée, le quatuor désormais établi en Meurthe-et-Moselle offre une excellente performance. On les sent contents d’être là, malgré une vilaine mésaventure new yorkaise (le vol de toute leur marchandise). L’interprétation est juste, le son est puissant et les riffs gras et méchants des chansons comme Colosseum, Dogs of God ou Nahash the Temptator me permettent de poursuivre le processus de destruction de mes vertèbres cervicales. Je profite même de la pièce conclusive pour aller joyeusement étamper les deux ou trois autres tarés qui se moquent également des mille pourcents d’humidité ressentie. Je suis vidé et heureux. Le groupe est formé d’authentiques professionnels passionnés, qui livrent une solide performance indépendamment des circonstances. Je lève mon pentacle à leur enthousiasme contagieux.
Des considérations de la plus haute importance (chus fatigué, criss) m’obligent à quitter avant l’arrivée d’Ulcerate, dont la musique, technique et syncopée, ne me rejoint pas, de toute manière. Je sors de l’Agitée, il a cessé de pleuvoir. Je soupçonne Mère Nature de ne pas aimer le Black Metal. Salope.
a Pologne est une terre accueillante pour les groupes de Black Metal, qu’on retrouve – étonnamment – en abondance dans ce havre de catholicisme conservateur. Apparue dès le tournant des années 1990, la scène locale de métal obscur se taille d’ailleurs une place enviable sur la scène européenne, grâce à plusieurs leaders influents et leurs épigones. Dans l’ombre agissent néanmoins plusieurs groupes de grande qualité qu’il convient de découvrir et Mgła (nom imprononçable en français signifiant « brouillard ») appartient à ce cercle restreint. Fondé au tournant des années 2000 par Mikołaj Żentara, ce n’est qu’à partir de 2005 que le groupe commence à enregistrer. En effet, Żentara est aussi le leader de Kriegsmaschine, un trio se consacrant au Black Metal cru et agressif. Ce n’est toutefois pas le chemin pris par Mgła et With Hearts Toward None (2012) en constitue une nouvelle preuve.
Ce deuxième album propose plutôt un Black Metal structuré autour de rythmiques rapides et – surtout – de boucles harmoniques inlassablement répétées au cours d’une même chanson. On se rapproche ici nettement de ce que des groupes comme Darkthrone privilégiaient à l’aube des années 1990. Les sept titres de cet opus s’organisent donc autour de quelques riffs de guitare soigneusement choisis et repris, donnant un résultat dense et homogène. La section rythmique constitue quant à elle la clé de mon intérêt pour ce groupe. C’est vraiment le couple basse/batterie qui donne une réelle puissance aux chansons, pendant que la guitare établit les patterns. Il est rare que je m’attarde aux paroles, mais celles de Mgła m’intriguent. On y retrouve de nombreuses références à la décadence, au nihilisme et au chaos, crachées par une voix dotée d’un effet sépulcral, qui ajoute une dimension sinistre qui me plaît beaucoup.
With Hearts Toward None est un très bon album, qui croise le Black Metal traditionnel avec des atmosphères bien déclinées par un excellent travail de composition. On pourrait toutefois y déceler une certaine redondance d’une chanson à l’autre, là où d’autres y percevraient de l’unité, mais cela ne nuit pas à un long-jeu qui détient d’évidentes qualités. (English version)
e suis fier de vous présenter aujourd’hui l’index québécois des groupes de Black Metal. Fruit d’une idée offerte par Lucyber (chanteur de Spirit of the Forest), cette nouvelle page de Métal Obscur a pour objectif le regroupement d’informations de base sur les groupes actifs, afin de favoriser les contacts directs entre eux, ainsi qu’avec les promoteurs, les labels et les fans. Contrairement à Metal-Archives, autre source précieuse de renseignements, il ne s’agit pas là d’un wiki : les données proviennent directement des groupes et sont mises à jour exclusivement par mes soins. Cette initiative dépend donc largement de la contribution des musiciens, avec pour mission la mise en réseau d’une scène dynamique, répandue aux quatre coins de la province.
Si vous souhaitez que votre groupe apparaisse dans l’index, ou si vous souhaitez modifier une information existante, écrivez-moi au salocinenicar@gmail.com.
our la grande majorité des Québécois, la Journée nationale des Patriotes est avant tout un congé férié qui permet de se préparer à l’été. Pour d’autres, néanmoins, le souvenir des combattants de 1837-1838 demeure vif. C’est pour cette occasion que je m’entretiens aujourd’hui avec Matrak Tveskaeg, leader de la formation Chasse-Galerie, bien connue pour sa promotion de l’indépendance du Québec. Ses réponses, franches et honnêtes, permettent de mieux comprendre les objectifs du groupe et ses aspirations artistico-politiques.
Première partie – le groupe
Q. D’abord, je vous remercie d’avoir accepté de répondre à cette entrevue. Chasse-Galerie entreprend en 2012 sa cinquième année d’existence. Sans réécrire votre biographie, pourriez-vous nous indiquer quelles ont été les étapes les plus importantes de la carrière du groupe ? Y a-t-il eu également des moments plus difficiles ?
R. Je crois que la discographie est le meilleur indice de l’évolution du groupe. Le split avec Hiverna en 2008 marque les premiers pas du projet. La parution d’Arsmoriendi et la tournée qui s’est déroulée à l’été 2010 nous a permis de nous faire connaître un peu plus à travers le Québec. Selon moi, les concerts sont la meilleure méthode pour joindre le public, celle qui peut avoir le plus d’impact si elle est bien utilisée. C’est pourquoi j’avais à cœur d’avoir une formation complète et d’imposer un certain rythme régulier de pratique auquel bien des formations ne voudraient pas se plier. Je crois que le sacrifice en valait le résultat puisque nous nous en tirons très bien jusqu’à maintenant. Manifeste représente une certaine coupure avec l’album précédent, tant au niveau du son que de la composition… C’est donc ce maxi qui donne le ton pour ce qui s’en vient…
Q. Votre discographie compte trois parutions, un split (avec Hiverna) un album et un maxi. Quels sont vos projets actuels ? Avez-vous planifié de nouvelles sorties d’ici la fin de 2012 ?
R. Nous avons beaucoup de projets sur la table. Il y a vraiment longtemps que nous travaillons à l’enregistrement d’un split avec MDA. À l’heure actuelle, je peux vous confirmer qu’il ne reste que les voix à enregistrer pour la partie de CG. Je peux aussi t’annoncer en primeur qu’un LP intitulé Mesnie Hellequin paraîtra cet été en collaboration entre les étiquettes Virus Productions et Hymnes d’Antan. Il s’agit de la réédition du notre partie du split avec Hiverna sur la face A et de celle de Manifeste sur le côté B avec une pièce live différente de la version CD. Il y aura une édition spéciale pour ceux qui se procureront l’une des 100 premières copies. Nous travaillons aussi sur un autre split avec des formations de Québec mais il n’y a pas de date de parution prévue pour le moment. Enfin, j’ai pratiquement terminé la composition du deuxième album complet de CG. J’ignore quand nous commencerons l’enregistrement mais je peux vous garantir que vous n’avez pas fini d’entendre parler de nous!
Q. Les groupes ont tous différentes manières de composer et d’éprouver leurs chansons. Certains répètent inlassablement, d’autres vont enregistrer des maquettes, plusieurs testent leur matériel en concert, voire composent directement en studio. Comment procédez-vous pour créer de nouvelles chansons ?
R. Je gratte une mélodie ou un accompagnement en boucle avec mon pédalier de guitare et je brode autour jusqu’à ce que je sois satisfait. Il m’arrive d’écrire une pièce complète en deux ou trois heures alors que d’autres jours, cela prend des semaines voire des mois. L’inspiration ne se commande pas, il faut savoir l’écouter quand elle frappe à nos tympans… J’écris les partitions à mesure et quand je suis satisfait, je les envoie aux autres musiciens. Nous pratiquons ensuite en local pour que Cadavre puisse développer sa partie de batterie. En ce qui concerne les textes, c’est Blanc Feu qui place la rythmique à son goût et me fait des commentaires sur l’utilisation de certains mots ou tournures de phrases. Bref, comme c’est lui qui chante, ça va de soi qu’il ajoute sa touche à ce niveau. Il fait des essais chez lui pour ensuite les incorporer aux pratiques et, de fil en aiguille, la pièce prend vie. Tant que les partitions sont respectées, chacun peut y ajouter sa touche au plan de l’interprétation. Comme ça, tout le monde est heureux et contribue à faire de ce projet ce qu’il est maintenant, c’est-à-dire une machine de guerre bien huilée qui fait la promotion de l’indépendance du Québec et du MNQ.
Q. Vous venez de donner un concert à Montréal (au cours duquel le groupe Spirit of the Forest a reçu son baptême des planches). Comment s’est déroulée cette soirée ? Quelle importance accordez-vous à vos prestations scéniques ? S’agit-il seulement d’offrir un bon divertissement au public, ou alors de passer un message politique et social ?
R. Comme je mentionnais plus haut, l’importance des concerts est primordiale puisque c’est la meilleure façon de joindre et de discuter d’indépendance avec le public. C’est donc plus qu’une question de divertissement mais bien de conscientisation de notre réalité socio-politique actuelle. Pour notre part, je dois dire que la prestation à Montréal s’est tout de même bien déroulée mis à part les problèmes de son dus à un équipement rudimentaire de l’établissement. Considérant que Blanc Feu venait d’attraper une solide grippe de printemps, l’interaction avec la foule était peut-être moins intense qu’à l’habitude mais je crois que les gens l’ont bien compris d’eux-mêmes. La foule a répondu à l’appel et nous nous sommes même permis une reprise d’Emperor pour les Montréalais(es) qui n’ont pu assister au BM origines II… Quant à SOTF, nous sommes fiers d’avoir pu partager la scène avec eux pour leur premier concert et nous souhaitons réitérer cette expérience dans un futur proche! J’ajouterais que c’est un groupe que j’apprécie grandement et ce sont des musiciens de talents. C’est dommage que les problèmes de son aient nui à leur prestation en début de set mais ils s’en sont très bien sortis vu le contexte. Ça fait partie du live d’être soumis à ce genre d’imprévus et il n’y a rien de mieux qu’apprendre à la dure sur le terrain! Ça vaut autant pour CG que pour tous les autres groupes…
Q. Les membres du groupe participent également à Mêlée des Aurores, qui a fait une apparition remarquée lors de la plus récente édition Black Metal Origines. De nouvelles pièces y ont d’ailleurs été interprétées. Est-ce qu’un nouvel album est en préparation ? Quels sont les détails que vous pouvez nous donner à ce sujet ?
R. Comme je disais plus haut, un split CG/MDA est en cours. Les deux nouvelles pièces de MDA que nous avons jouées à ce concert seront d’ailleurs sur cet album dont l’enregistrement est pratiquement terminé lui aussi. Ceci dit, Blanc Feu et moi ne composons pas au même rythme ni de la même façon. C’est pourquoi les deux projets sont vraiment des entités différentes pour nous, même s’il s’agit des mêmes musiciens. Je sais qu’il travaille sur un concept assez particulier pour le deuxième album mais comme rien n’est encore coulé dans le béton, je préfère ne pas en dire davantage et le laisser lui-même expliquer sa vision de MDA en temps et lieu.
Deuxième partie – la politique
Q. Difficile de ne pas aborder les questions politiques en interviewant un groupe comme le vôtre. Chasse-Galerie promeut en effet un nationalisme québécois intransigeant, fondé sur une double assise traditionaliste et communautariste. Comment définiriez-vous l’idéologie que vous défendez avec tant d’ardeur ? Quels en sont les concepts clés ?
R. Chasse-Galerie n’a rien d’une organisation politique sectaire balisée par une idéologie fixe et rigide. Il n’y a que les idiots pour jouir de leurs œillères… Notre philosophie est qu’un peuple se définit par sa langue, sa culture et son territoire. Une nation qui perd sa langue perd inévitablement son histoire. D’autre part, un peuple d’illettrés est voué à l’esclavage tant au sens propre que figuré. Enfin, un peuple sans territoire collectif, ça ne peut tout simplement pas fonctionner à l’international parce qu’il devient impossible de se faire respecter et de traiter d’égal à égal avec les autres peuples. C’est pourquoi nous défendons la langue française et notre culture québécoise avec autant de vigueur. Quant au territoire du Québec, je crois que c’est l’objectif d’une majorité des nôtres de vivre en paix chez nous sans avoir à recevoir d’ordres d’étrangers et de payer de tribut aux voisins comme nous le faisons présentement avec les Canadians… Nous payons beaucoup trop cher cette annexion forcée considérant que le Canada nous offre plus de contraintes que de libertés en tant que Québécois et qu’au final c’est nous qui payons pour eux à l’exception de l’Alberta qui vie de la mise à mort de ses ressources collectives non renouvelables… Et ça, j’ajouterais que c’est leur problème, pas le nôtre…
Q. Cette entrevue est publiée (à dessein) au cours dela Journée nationale des Patriotes. Que représentent pour vous ces hommes qui se sont battus pour leurs terres et leur liberté en 1837-38 ? Que reste-t-il de leurs combats ?
R. Ces hommes sont des modèles pour nous puisqu’ils ont eu la bravoure de prendre les armes pour défendre leur peuple devant un ennemi mieux armé, supérieur en nombre et détenteur d’un pouvoir usurpé, certes, mais lui assurant un levier politique indéniable sur le peuple peu instruit que formaient les Canadiens-français de ce temps. Ça prend une dose de courage démesuré pour tenir tête à une armée comme celle des Britanniques de l’époque et je suis d’avis que bien peu de Québécois contemporains ont ne serait-ce que la moitié de cette force de conviction que nos ancêtres avaient. Que reste-t-il? Tout. Si nous parlons encore français, si nous existons toujours comme peuple et que nous avons un soupçon de latitude dans la gestion de nos affaires politiques, c’est directement à cause d’eux et de leurs combats! Outre l’aspect religieux qui leur était cher mais qui est aujourd’hui anachronique, je crois que plusieurs des autres points défendus par les patriotes (les fameuses 92 résolutions) sont d’actualité, plus que jamais, à l’heure d’écrire ces lignes…
Q. Le Black Metal d’inspiration nationaliste est régulièrement associé à l’extrême-droite raciste par des mouvements antifascistes, phénomène observé tant en Europe qu’en Amérique du Nord. Que répondez-vous à ceux qui accusent les groupes de Black Metal nationaliste d’incitation à la haine ou au racisme ?
R. Pour ce qui est des étrangers, je peux comprendre qu’ils aient de la difficulté à saisir la différence entre le nationalisme québécois et le nationalisme fascisant qu’ont connu les Européens il y a moins d’un siècle. Je suis d’ailleurs obligé de rectifier la situation fréquemment lorsque je discute avec eux, notamment avec les Français… Il faut d’abord être au courant de l’histoire du Canada et plus particulièrement de celle du Québec pour comprendre les textes de CG. La dimension historique est omniprésente et quiconque néglige cet aspect peut mésinterpréter nos valeurs et notre musique.
Quant aux Québécois qui sont trop bornés pour comprendre la différence entre national-socialisme et patriotisme, que voulez-vous, il y a des idiots dans tous les peuples du monde, nous ne faisons pas exception! Il y a un concept en histoire qui se nomme l’indirect rule et qui vise à recruter des gens au sein d’un peuple pour travailler contre les intérêts de ce dernier. La technique de diviser pour mieux régner et la démonisation de l’autre via des accusations d’intolérance et de racisme sont leur armes de prédilection. Ces laquais, dont Pierre-Elliot Trudeau fut la représentation ultime, ne sont que des parasites qui gangrènent la prospérité et le futur de notre peuple au nom de l’ingérence politique. Si vous endossez l’indirect rule et que vous ne savez pas apprécier les richesses de notre peuple, foutez le camp de chez nous! Un Québécois pour CG, ça ne se définit pas par la notion de race. C’est plutôt un individu qui vit au Québec en français, qui participe à la vie culturelle et socio-économique tout en respectant notre histoire, nos valeurs et nos ressources. Pas plus compliqué que ça! Pour paraphraser Pierre Falardeau : « Je me calice de savoir si tu es blanc, noir, jaune ou vert! Je veux savoir si tu es de notre bord ou du leur! »
Troisième partie – le Métal Noir Québécois
Q. Chasse-Galerie appartient au mouvement politico-culturel appelé « Métal Noir Québécois » qui associe des groupes de Black Metal francophones et nationalistes. Que pensez-vous de ce mouvement, qui envoie cette année son deuxième représentant sur les routes d’Europe (Monarque en 2011, Forteresse cette année) ?
R. Je suis fier que CG soit associé à ce mouvement si on peut le qualifier ainsi. En tant que membre session pour Forteresse, je suis un peu mal placé pour répondre à cette question cependant… Ce que je peux dire, c’est que je suis heureux de voir que les gens de l’extérieur soient de plus en plus conscients que le Québec et le Canada sont deux entités qui n’ont rien en commun à l’exception de la monnaie et encore là… Le Canada a longtemps réussi à noyer notre existence aux yeux du monde. Il est temps de remettre les pendules à l’heure et de montrer aux fans de métal extrême que les Québécois sont différents et qu’ils sont là pour rester malgré l’extrême compétitivité qui prévaut dans ce milieu.
Q. Certaines critiques portant sur le Métal Noir Québécois sont parvenues à mes oreilles au cours des derniers mois. On reproche à ses membres d’exercer un certain « monopole musical » sur la scène Black Metal, particulièrement à Québec, et d’afficher du dédain envers les non-membres. Quelle est votre opinion à ce sujet ? Êtes-vous sensibles à ce genre de propos ?
R. Quelle belle question piège! Pour être franc, je crois que l’appellation de Métal Noir Québécois se mérite et n’est en rien un dû pour quelques jaloux et frustrés. Tout comme je pense que cette expression ne devrait être utilisée que par les groupes qui sont actifs et qui contribuent à la scène. Bref, par ceux qui, encore une fois, méritent de porter cet étendard. Vous n’êtes pas de ce mouvement si vous ne jouez pas dans un groupe de black métal francophone, c’est un des critères de base.
Il y a toutefois une certaine redondance dans le choix des musiciens, on doit l’avouer. Le fait est que les gens se rencontrent, se connaissent et ils décident de collaborer parce qu’ils ont des affinités. Mais on ne peut pas cliquer avec tout le monde. D’ailleurs, en quoi un groupe serait-il tenu d’en inviter d’autres qu’il ne connaît pas pour faire des spectacles? Il y a des gens qu’on ne voit jamais dans les concerts, alors comment pouvons-nous imaginer qu’ils seraient intéressés de partager la scène avec nous? C’est aussi une question de respect et de confiance qui se bâtissent au fil du temps entre musiciens. Ça se mérite, ce n’est en aucun cas un droit acquis pour ceux qui pleurent à l’injustice et qui dorment au gaz dans la quiétude de leur salon… Ce ne sont pas tous les groupes qui acceptent de se livrer à des séances de 2 ou 3 pratiques par semaine et, pourtant, nous le faisons. Parfois avec deux groupes dans la même semaine. Devons-nous nous excuser d’être responsables et de prendre à cœur notre travail? Je ne crois pas…
Pour ce qui est du dédain envers les « non-membres », vous allez être déçus d’apprendre qu’il n’y a pas de carte de membre et que si vous ressentez cette émotion d’ostracisme, c’est à mon avis que vous vous sentez coupable de chanter dans la langue de l’ennemi et, par extension, de trahir votre culture. Alors vous n’avez que vous-mêmes à blâmer pour cette culpabilité. J’ai personnellement la chance (parce que je suis très conscient qu’il s’agit d’une chance…) de jouer dans plusieurs projets de MNQ en plus d’avoir un caractère de merde et de ne pas avoir la langue dans ma poche, ce qui fait de moi une cible privilégiée pour les mauvaises langues. J’assume très bien ma personnalité et je n’ai aucun problème avec le fait que des gens puissent être jaloux des projets auxquels je participe. S’il y a de la jalousie, c’est que notre travail dérange parce qu’il est bien fait et c’est bien ainsi!
Si vous êtes un musicien et que vous ne respectez pas les règles du Métal Noir Québécois, c’est que vous faites du black métal québécois, un point c’est tout. Pas besoin de tergiverser pendant des heures! Et il n’y a pas de question à savoir qui est mieux que l’autre, les deux s’équivalent si on assume ses gestes et décisions de groupe. À titre d’exemple, je suis un grand fan d’Utlagr et je n’ai pas peur d’avouer que ce groupe bottait le cul de plusieurs formations de MNQ actives à l’heure actuelle, y compris CG… Si la musique est bonne, où est le problème? Ceci dit, c’est mon humble vision du mouvement et je n’ai pas la prétention de parler au nom de tous ses musiciens… On ne peut pas plaire à tout le monde et personnellement, je m’en fous, ce n’est pas un des objectifs de CG que d’être aimé de tous!
Q. Vous détenez le label Hymnes d’Antan, qui s’occupe – outre Chasse-Galerie – de Mêlée des Aurores et Haeres, deux groupes qui partagent leurs membres. Comptez-vous prendre de l’expansion avec cette étiquette ? Avez-vous des projets en ce sens ?
R. Je te dirais oui, mais pas à n’importe quel prix. Je compte prendre de l’expansion dans les années à venir mais je ne veux pas le faire au détriment des autres projets qui sont déjà sur l’étiquette. Je ne signerais donc pas de nouveaux groupes avant que le contexte s’y prête. Ma priorité pour le moment est de sortir le split CG/MDA ainsi que le prochain album d’Haeres qui est déjà en phase de composition. Certains projets m’intéressaient dans un passé pas si lointain mais je me suis fait devancer par d’autres étiquettes. Je vais donc attendre d’entendre quelque chose qui m’inspire. Je n’exclus pas la possibilité de signer des groupes qui chantent en anglais ou en d’autres langues. Ceci dit, si cela se produit, ces groupes ne seront pas du Québec. Il faut bien être conséquent dans ses choix et ses actions… Je veux aussi produire, de manière sporadique, quelques spectacles commela Soiréed’Antan qui s’est déroulée à Québec le 28 avril dernier. Mais je n’en fais pas une priorité puisque Hymnes d’Antan vise à produire des albums en premier lieu et non des concerts. Par contre, si de bonnes formations sont intéressées et professionnelles dans leur démarche, pourquoi ne pas leur donner une chance?
Q. À votre avis, est-ce que le Métal Noir Québécois détient le potentiel pour poursuivre – voire élargir – son rayonnement international ? Seriez-vous intéressé à prendre la route pour d’autres contrées pour propager votre message ?
R. Je crois que le Métal Noir Québécois se porte très bien et qu’il y a un potentiel de diffusion pour ce genre musical à l’étranger. La tournée de Monarque l’an dernier et celle de Forteresse cet été sont de bons exemples de l’intérêt que les fans européens entretiennent à l’endroit de certaines formations de chez nous. En même temps, c’est un genre musical qui ne fera jamais remplir de grandes salles ou encore moins les coffres des compagnies de disque et c’est bien ainsi. L’important c’est que les vrais fans de musique extrême soient rejoints par ces odes à notre patrie. Pour ce qui est d’aller jouer aux USA ou en Europe, c’est effectivement un objectif que je chéris depuis les débuts de CG. J’ai eu quelques offres par le passé mais rien d’assez précis pour justifier des démarches sérieuses. Néanmoins, je suis présentement en contact avec certaines structures européennes pour planifier notre premier voyage outre-mer. La réponse est favorable jusqu’à maintenant, reste à voir si c’est possible d’y aller sans faire trop de déficit… La réalité du black metal c’est que les passionnés restent et les projets opportunistes se suppriment d’eux-mêmes. N’en déplaise aux mauvaises langues, tôt ou tard nous franchirons l’océan, ce n’est qu’une question de temps!
Q. Merci beaucoup.
R. Merci à toi pour cet entretien et longue vie aux groupes québécois!